Depuis 2023 ma pratique est exclusivement tournée vers la photographie.
Elle était à la base de mon travail sur peaux et sur bois brûlé depuis 15 ans, elle est devenue une recherche en soi et pour soi.
La photographie est un regard sur le monde qui se joue de l’objectivité. On sait aujourd’hui que la photographie n’est plus une preuve du réel mais peut être aussi subjective que n’importe quelle œuvre de l’esprit.
Je poursuis plusieurs recherches en même temps : infimes clartés, altération du même dans l'espace et le temps concrétisés, réflexions sur le "bon sens" d'une photographie, précarité de la situation d'artiste, précarité en général, lutte contre l'IA, etc. dans la frénésie et l’exaltation que procure la profusion d’images, dans le tri et les choix rigoureux de ce qui doit rester, dans le perfectionnement permanent des gestes techniques en amont et en aval de chaque prise de vue, dans le façonnage d’un socle commun aux différentes recherches, dans l’enracinement en réflexion à chaque nouvelle branche explorée.
Du jardin d’Éden au jardin Dead end, des grottes de Lascaux aux premières images de l’IA, c’est dans ce voyage qui relie l’humanité de sa naissance symbolique à sa fin, symbolique ou non, que j’embarque mes recherches. Notre époque connaît une angoisse inouïe de part le fait que ce ne sont plus les prophètes ou les prêtres mais les scientifiques qui nous annoncent la fin du monde.
Faire de la photographie aujourd’hui, alors que tout le monde fait des milliards de photos chaque seconde, que l’IA nous suggère qu’elle peut le faire à notre place, que la dématérialisation du monde est notre pire ennemi, c’est vouloir prendre la modernité à contre pied et réellement faire un trou dans l’eau (dans lequel certains vieux mythes tomberaient).
L'humain est indirectement au centre de mon travail, comme la lune qui n'apparait dans mon travail que par la lumière qu'elle donne, l'humain apparait par ce qu'il laisse deviner de son empreinte dans le monde, par ses lumières artificielles, ses infrastructures et sa présence incarnée en n'importe quel individu. Mais également par le fait que de ne jamais utiliser l'IA. Extrêmement sensible et heurté par la situation du monde, je retourne dans mon travail vers des fondamentaux, des situations conceptuelles, des invariants du fait d'être-au-monde. Et c'est avant tout le miracle de la lumière qui transperce l'ombre qui fait vibrer mes yeux et tout mon être. FIAT LUX.
Je pourrais résumer mon travail comme le fait d’intenter un bras de fer entre le soleil et la lumière d’une bougie qui s'éteint avec la lune comme témoin.